Cédric Luongo : « C'est impressionnant le nombre de pépites qu'il y a au Vietnam »

Le coach avignonnais Cédric Luongo entraîne au Vietnam au sein d'une académie depuis 3 ans. A travers cette interview grand angle, il nous parle de sa vie, du foot et de ses projets... Passionnant !!


Salut Cédric, comment se passe ton expérience d'entraineur au Vietnam ?

Mon expérience se passe super bien. A part la première année, car il y avait beaucoup de choses à revoir, nous avons commencé à gagner quasiment toutes les compétitions dans lesquelles nous étions engagés sur le plan national. C'est donc une très grande réussite à l'échelle nationale.

Quel est ton rôle exactement au sein de l'académie ?

Je suis venu au Vietnam avec Olivier Rousset avec comme mission le pré-développement. Nous avons une centaine de joueurs au sein de l'académie. Tout s'est bien passé, nous avons une méthode de travail basée sur le développement de l'enfant et non pas de l'équipe. J'ai eu beaucoup de symbiose avec Olivier avec qui j'avais déjà eu l'occasion de travailler. C'est un coup de foudre professionnel et footballistique avec Olivier et avec les enfants, on s'est régalé.

Après quelques mois sur cette fonction, Philippe Troussier a souhaité me donner un autre département à gérer. Après quelques hésitations, j'ai accepté et j'étais à la tête du développement du footbal de masse.

L'adapation à une nouvelle culture, l'éloignement, tout s'est bien passé ?

L'adaptation n'a pas été facile. Je m'étais bien préparé, j'avais beaucoup travaillé sur moi-même, j'avais entammé une psychothérapie, une psychanalyse, j'avais perdu du poids, comme pour un match de foot. Je souhaitais mettre toutes les chances de mon côté. Je me suis beaucoup renseigné sur l'expatriation. Malgré cette préparation, ça a été difficile, on ressent déjà la différence de mentalité et de culture quand on change de régions en France alors là, la différence c'est puissance 1000.

Il a fallu s'adapter à la nouvelle culture et aux nouveaux codes pour éviter de se tromper. Concernant l'éloignement, c'est le plus difficile car la famille et les amis me manquent. Cette difficulté s'est accentuée avec le Covid car les déplacements ont été interdits.

Après, nous vivons quand même une époque extraordinaire qui permet de garder le lien, on peut se voir, s'appeler en temps réel malgré le décalage horaire. C'est une chance, contrairement aux anciens qui n'ont pas pu bénéficier de cette technologie.

Sur le plan footbal, le niveau des joueurs est-il comparable au niveau français ?

Chez les enfants, le niveau des joueurs Vietnamiens est équivalent sinon meilleur que les joueurs français. La passion du football et le foot de rue ici permettent l'éclosion de talents, un peu comme en France dans les années 80.

A partir de 13-14 ans, il y a une véritable différence avec la France et le niveau est plus bas. L'encadrement technique est très moyen, l'organisation du football Vietnamien est très déficiente, c'est un peu l'anarchie. Dans ce contexte, l'enfant n'a pas de structure ni d'organisation, c'est compliqué ici car la Fédération ne joue pas le rôle qu'elle devrait jouer. Les investissements se font quasi exclusivement sur le foot professionnel.

Ce manque de structure permet le développement du foot business. Beaucoup d'académies voient le jour, un peu comme les cours du soir. Ici, les enfants qui ont des moyens peuvent payer à la séance 4 à 5 euros pour jouer au foot, le soir et le week-end.

Il y a également des organismes publics avec hébergements qui accueillent les meilleurs joueurs, mais ces structures n'ont pas beaucoup de moyens.

L'apport des coachs français comme toi, s'inscrit-il dans une volonté du pays de développer la pratique du football de haut niveau ?

Pas du tout, c'est très rare de voir des coachs étrangers ici en Ligue 1. Le Vietnamien est très fier. Il y a de l'argent et donc, c'est difficile de s'intégrer.

Notre arrivée à nous s'inscrit à travers la démarche d'un groupe international désireux de développer le football. Ce groupe a compris qu'en faisant venir des coachs étrangers, le niveau du football et des coachs Vietnamiens allaient évoluer.

L'ambition des jeunes joueurs Vietnamiens est-il de venir jouer dans les grands championnats Européens ?

Je ne sais pas si ces derniers ont des ambitions au niveau Européen. Cette perspective n'est pas réellement envisagée par les footballeurs Vietnamiens, ils manquent un peu d'ambition et doutent de leur potentiel. Même dans le jeu, ils préfèrent défendre et jouer en contre plutôt que d'assumer de prendre le jeu à leur compte.

Nous avons essayé de développer cette ambition avec l'académie mais ce n'est pas facile.

As-tu quelques pépites dans ton académie ?

Avant qu'on arrive, il y en avait très peu. Grâce à tout le travail que nous avons entrepris, il y en a beaucoup, beaucoup, c'est impressionnant le nombre de pépites qu'il y a dans ce pays sachant que nous n'avons certainement pas les meilleurs. Au sein de l'académie, les dernières générations arrivées sont impressionnantes.

Vas-tu continuer cette aventure ou souhaites-tu rentrer à la maison ?

Je souhaite rentrer à la maison, uniquement pour voir la famille et les amis mais j'envisage de continuer l'aventure à l'étranger dans un pays qui m'apporte une culture différente, en Asie, en Afrique ou en Amérique  Latine. Découvrir l'être humain sur un autre continent est une expérience exceptionnelle.

Un dernier mot ?

J'essaie de me tenir informé sur l'actualité du Vaucluse. Je garde le lien avec mes anciens joueurs, avec mes amis et ma famille. Je sais que la situation en France est difficile. Je leur souhaite beaucoup de courage. Il y a beaucoup de personnes qui me manquent et je les embrasse tous.

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